Le Kasaï-Oriental voit progressivement s’affaiblir les deux principales entreprises industrielles qui ont marqué son histoire minière. Pendant que la Minière de Bakwanga (MIBA) peine toujours à retrouver une production significative, la Société Anhui Congo d’Investissement Minier (SACIM) est à son tour plongée dans une crise profonde.
La situation est d’autant plus préoccupante que la SACIM appartient pour moitié à l’État congolais. Kinshasa détient 50 % de son capital, tandis que les 50 % restants sont détenus par son partenaire chinois AFECC. Cette répartition est confirmée par les données de l’ITIE-RDC et les documents de la société.
L’État n’est donc pas un simple régulateur de la SACIM : il en est également un actionnaire à part entière.
Une entreprise autrefois au cœur de la production industrielle.
La SACIM avait pourtant réussi à s’imposer comme le principal producteur industriel de diamants de la RDC. En 2024, elle représentait environ 98 % de la production industrielle de diamant du pays, la MIBA n’en représentant que 2 %. La même année, la MIBA n’avait produit aucun diamant pendant plusieurs mois.
Cette performance contrastait avec la situation financière de plus en plus fragile de la société.
La dégradation s’est notamment accélérée avec les restrictions imposées à la commercialisation de sa production. L’arrêté ministériel n°00049/CAB.MIN/MINES/01/2022 du 22 février 2022 avait obligé la SACIM à vendre ses diamants exclusivement à un nombre restreint d’acheteurs congolais agréés par le Centre d’expertise, d’évaluation et de certification (CEEC).
Le gouvernement a lui-même reconnu l’ampleur de la crise lors du Conseil des ministres du 20 juin 2025. Le compte rendu officiel parlait alors d’une « crise profonde qui menace sa survie », malgré une production mensuelle avoisinant 250 000 carats. Il établissait également un lien entre la restriction de commercialisation, la baisse des revenus et l’accumulation des arriérés de salaires.
Les chiffres avancés aujourd’hui par la direction de la SACIM permettent de mesurer plus précisément le déséquilibre économique auquel l’entreprise a été confrontée.
Selon Alex Tshidibi, coordonnateur de la SACIM, le coût unitaire de production d’un carat de diamant s’élève à environ 14 dollars. Avant l’instauration des restrictions de commercialisation, le prix moyen de vente tournait, selon lui, autour de 18 dollars le carat. L’écart entre le coût de production et le prix de vente permettait donc à l’entreprise de maintenir son activité dans des conditions économiques viables.
La situation s’est ensuite fortement dégradée avec les difficultés de commercialisation. Des informations rapportées en 2025 faisaient déjà état d’une baisse du prix de vente autour de 8 dollars le carat, alors que le coût de production était estimé à 14 dollars. Ces chiffres avaient également été évoqués au Sénat par le sénateur Alphonse Ngoyi Kasanji.
Autrement dit, la difficulté n’était plus seulement de produire du diamant, mais de pouvoir le vendre dans des conditions permettant de couvrir son coût de production.
Le gouvernement faisait état, en juin 2025, d’arriérés de salaires pouvant atteindre 13 mois. Mais la situation s’est depuis aggravée. Selon Alex Tshidibi, les arriérés de salaires atteignent désormais 25 mois d’impayés.
Cette situation constitue l’une des conséquences les plus lourdes de la crise pour les travailleurs et leurs familles. Elle s’ajoute aux difficultés accumulées par l’entreprise depuis plusieurs années et explique les différentes protestations du personnel.
La crise touche également les travailleurs arrivés à l’âge de la retraite.
Toujours selon le coordonnateur de la SACIM, depuis trois ans, les retraités n’ont ni leurs décomptes finaux ni leurs rentes de pension auprès de la CNSS, en raison des arriérés de cotisations.
Les conséquences dépassent désormais le simple cadre financier de l’entreprise.
Selon Alex Tshidibi, près de 300 emplois ont été perdus en trois ans de difficultés.
Le phénomène touche particulièrement les jeunes travailleurs qualifiés. « Les jeunes travailleurs qualifiés se ruent tous vers le Katanga », explique le coordonnateur, décrivant un exode des compétences provoqué par l’incertitude sur l’avenir de l’entreprise.
Pour la direction de la SACIM, cette situation constitue une « très grande désolation » pour une entreprise qui, affirme-t-elle, avait fonctionné sans difficultés majeures avant l’instauration des mesures de restriction de commercialisation.
Face à la crise, le gouvernement avait finalement décidé d’intervenir.
Un arrêté ministériel pris le 2 juin 2025 a rétabli la liberté de commercialisation des diamants de la SACIM, conformément aux dispositions du Code minier. Cette décision faisait suite à l’évaluation de la situation opérationnelle, managériale et sociale de l’entreprise présentée au Conseil des ministres.
Mais la levée des restrictions n’a pas suffi à remettre immédiatement l’entreprise sur pied. En février 2026, la production s’est arrêtée complètement. En septembre, Alex Tshidibi confirmait devant l’Assemblée provinciale du Kasaï-Oriental que la SACIM était en cessation complète d’activité de production depuis février et qu’elle fonctionnait désormais avec un service minimum de gardiennage destiné à protéger son patrimoine.
La crise de la SACIM dépasse désormais le seul secteur minier. L’entreprise joue également un rôle important dans l’approvisionnement énergétique du Kasaï-Oriental à travers la centrale hydroélectrique de Tubitubidi, à Boya, dans le territoire de Miabi. Cette infrastructure fournit de l’électricité à une partie de Mbuji-Mayi ainsi qu’à Miabi, Kabeya-Kamuanga et Katende.
Alex Tshidibi alerte ainsi sur un risque supplémentaire : si la situation de la SACIM n’est pas redressée à temps, la centrale hydroélectrique de Tubitubidi pourrait à son tour être affectée, avec le risque d’une interruption de la fourniture de l’électricité qu’elle produit.
L’enjeu devient donc provincial. Une crise prolongée de la SACIM pourrait toucher simultanément l’emploi, les fournisseurs, les sous-traitants, les recettes économiques locales et, potentiellement, l’approvisionnement énergétique et par conséquent la Régideso sera bloquée.
Le cas de la SACIM pose finalement une question plus large sur la gestion des grandes entreprises minières du Kasaï-Oriental. La province avait déjà vu s’effondrer progressivement la MIBA, dont l’État congolais détient 80 % du capital. La SACIM, où l’État possède 50 %, constituait jusqu’ici l’un des derniers pôles industriels miniers encore actifs de la province.
Le contraste est désormais saisissant, en 2024, la SACIM assurait 98 % de la production industrielle de diamant de la RDC, alors que la MIBA connaissait déjà une production marginale. Deux ans plus tard, la SACIM a cessé sa production.
La question n’est donc plus seulement de savoir comment relancer une entreprise minière. Il s’agit de déterminer comment empêcher que la deuxième grande entreprise industrielle du Kasaï-Oriental ne connaisse le même déclin que la MIBA.
La réponse passera nécessairement par la restauration de la production, le règlement des dettes sociales, la prise en charge des obligations envers les retraités, la préservation des compétences et la sécurisation des infrastructures stratégiques liées à la SACIM.








